L'Eveil à la poésie
Droits:
Réservés
Crédits:
Arnaud Meylan
Année de la prise de vue:
2009
Type d'œuvre:
peinture
Auteur:
Louis Rivier
Transcription de signature:
LOUIS RIVIER
Emplacement: —
Remarques sur la signature:

La signature est accompagnée de la date de création : déc. 1912.

Description iconographique:

Cette composition allégorique représente une figure masculine nue, en position semi-allongée sur un tissu orange posé sur un pré vert, et occupant la quasi-totalité de l’espace. Le jeune homme repose sur le flanc, la jambe gauche légèrement surélevée. Il porte la main gauche à côté de sa joue et de son oreille, comme s’il s’apprêtait à écouter. Il a les cheveux foncés, affiche un délicat profil caractérisé par un nez droit; ses lèvres sont roses et charnues. Il a l’air apaisé et serein. Son regard s’adresse à une jeune fille qui, allongée derrière lui, lui touche la nuque et lui indique quelque chose au loin avec le bras droit, tendu vers l’avant. Son geste est gracieux. Sa tête penche légèrement contre son épaule. Elle est habillée d’une longue robe rouge parsemée de petites fleurs et d’un corsage blanc et bleu qui laisse sa poitrine découverte. Un voile transparent voltige autour de ses bras et couvre sa nuque. Elle a les cheveux châtains, coiffés avec des tresses formant des macarons. Elégante, très féminine, elle transmet une force presque surhumaine. Comme s’il s’agissait d’une déesse, son corps a une beauté abstraite ; elle rappelle certaines figures de Michel-Ange : par exemple les Sybilles de la voûte de la Chapelle Sixtine ou la Vierge de La Sainte Famille à la tribune (Galerie des Offices, 1506-1507). Le corps du jeune homme est lui aussi idéalisé et a une apparence sculpturale.

Les traits des deux visages sont stylisés et n’ont aucune intention réaliste. Le pré, quant à lui, est peint par petites touches vertes, jaunes et ocre reproduisant le mouvement des brins d’herbe. Quelques petites fleurs bleues et rose apparaissent parmi la verdure. D’une manière presque postimpressionniste, Louis Rivier peint le paysage champêtre et les deux grosses pierres aux angles inférieurs de la composition qui la bordent de manière symétrique. Sur la droite, un rouge-gorge perché sur les branches fines et tortueuses d’un arbuste semble observer le couple. La richesse chromatique du pré, ainsi que les sensations tactiles dégagées par sa texture, contrastent avec l’aplat uniforme du ciel et du lac. A l’arrière-plan se dressent quelques reliefs enneigés.

Des aplats lisses façonnent les corps et les habits des personnages. Les rares ombres soulignent d’une manière presque imperceptible les creux des épaules et des aisselles, les volumes des genoux et le dessous du cou. La composition, dans son ensemble, baigne dans une lumière claire, vive et étale.

Louis Rivier focalise son attention sur la représentation allégorique de la scène: la rencontre, mythique, entre un jeune homme et la Poésie, personnifiée par la jeune fille aux traits de déesse ou de muse inspiratrice. Les grandes dimensions de la toile et la technique de la détrempe à l’œuf justifient aussi l’utilisation des couleurs, des teintes vives appliquées en aplats, dont le rendu pourrait rappeler celui des décorations murales. On trouve ce même sujet iconographique dans une des scènes peintes de l’Aula du Palais de Rumine, à Lausanne (panneau consacré aux Arts, côté sud). Les différences sont minimes et la structure est, dans son ensemble, identique. On connait aussi une étude préparatoire de L’Eveil à la poésie, représentant seulement la figure masculine nue, datée de 1915.

L’ensemble de la composition relève du Symbolisme, celui de Paul Robert ou de Giovanni Segantini ainsi que de l’Art Nouveau dans l’attention portée à la nature.

Type de composition:
composition allégorique
Dimensions (en cm)
Hauteur:
150 cm
Largeur:
220 cm
Profondeur: —
Dimensions montage (en cm)
Hauteur: —
Largeur: —
Profondeur: —
État de l'œuvre:

Importantes craquelures sur toute le surface peinte.

Inscription(s) notable(s): —
Technique:
tempera à l’œuf
Support de l'œuvre:
toile marouflée sur panneau de bois
Commentaires techniques:

Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).

La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).

Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori. Louis Rivier, p. 38).

En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.

Lieux de création:
Jouxtens-Mézery
Lieu de conservation:
Collection privée, Mathod
Provenance:
Hoirie de Louis et Julie Rivier, hoirie de Robert Rivier.
Date de création:
1912
Commentaires sur le lieu et la datation:

En 1912, Louis Rivier est marié depuis un an avec Julie et leur fils aîné Jean-Louis vient de naître. Il commence l’élaboration du projet global de l’édifice de l'église Saint-Jean de Cour à Lausanne, ainsi que sa décoration picturale intérieure.

Il expose des dessins au Salon de la librairie Biedermann à Lausanne et participe à la XIe Exposition nationale suisse des Beaux-Arts du 15 septembre au 15 novembre à Neuchâtel.

Éléments liés:
Bibliographie
  • Dario GAMBONI. 1985. Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, Lausanne: Payot , p.100-101