Le plafond de l'Aula du Palais de Rumine
Droits:
Réservés
Crédits:
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Commentaires:

Numéro d’inventaire: 1985-016

Type d'œuvre:
maquette
Auteur:
Louis Rivier
Transcription de signature:
Non-signé
Emplacement: —
Remarques sur la signature: —
Description iconographique:

Il s’agit d’une maquette pour la décoration du plafond de l’Aula du Palais de Rumine : projet qui occupe Louis Rivier pendant plusieurs années, de 1915, début officiel des travaux, à 1923.

Le plafond est ainsi structuré : « Au centre […] six scènes peintes dans de grands rectangles […] sont clairement séparées du carré central […] et des figures disposées en frise sur les côtés qui forment douze carrés […] aboutissant au centre dans deux rectangles […]. » (Patrick Schaefer, L’Aula du Palais de Rumine. Le décor de Louis Rivier, p. 60).

Voici en détail le programme iconographique du plafond :

« La religion est évoquée dans une perspective historique avec l’Ancien Testament du côté nord et le Nouveau Testament du côté sud. Autrement dit, d’un côté apparaissent des scènes évoquant l’Ancienne Alliance ou la Loi : le Sacrifice d’Isaac, la lutte de Jacob avec l’Ange et Moïse brisant les tables de la Loi […]. Dans les cortèges apparaissent d’une part, les religieux liés à cette période avec les précurseurs et les prophètes, d’autre part les croyants laïcs avec les Patriarches, les sages et les rois d’Israël. Au centre […] l’Agneau attaché à la croix est entouré des quatre évangélistes. De l’autre côté, la Nouvelle Alliance ou la Grace avec l’Annonciation, le retour de l’enfant prodigue et la Résurrection de Lazare […]. Dans le cortège des religieux : les Apôtres, les Pères de l’Église et les réformateurs […] ; dans celui des laïcs : les Rois très chrétiens, les Croisés et les Protestants [...]. (Patrick Schaefer, ibid., p. 62).

On peut noter les principales modifications observées entre la version définitive peinte, décrite ci-dessus, et la maquette de 1913.

« Du côté de la Nouvelle Alliance, deux sujets ont été modifiés, l’artiste prévoyait la brebis perdue et le pardon de la femme adultère, les cortèges latéraux étaient conçus de la même façon. Dans les bandes décoratives, il voulait placer douze anges musiciens et ces bandes formaient des croix. L’aspect des évangélistes a été modifié, il s’était inspiré de modèles paléochrétiens dans le projet. On peut observer qu’il a simplifié les scènes centrales, en effet le paysage était plus détaillé et il y avait davantage de personnages, à l’origine. Cette simplification est la caractéristique essentielle de l’évolution du décor du plafond, elle va de pair avec une monumentalisation des figures et la suppression de tout élément anecdotique, ceci pour améliorer l’effet d’ensemble et la lisibilité des scènes représentées. » (Patrick Schaefer, ibid., p. 64).

La maquette de Louis Rivier comprend également les décorations suivantes qui se trouvent sur les côtés ouest et est de la voûte : « Sur les parties latérales de la voûte, continuant les parois, se trouvent 12 figures allégoriques des différentes facultés : Sciences naturelles, Médecine, Philosophie, Histoire, Lettres (Prose et Poésie) pour un des côtés [à gauche, de bas en haut] et Économie politique, Mathématiques, Droit, Théologie, Architecture et Technique, pour l’autre côté [à droite, de bas en haut]. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 108).

Tous les personnages représentés occupent presque la totalité de l’espace qui les contient, à la fois carré, rectangulaire ou bombé. Les nombreuses silhouettes se démarquent d’un fond bleu et uni ou d’un paysage stylisé caractérisé par un ciel traversé de nuages et de quelques arbres. Cet effet d’entassement a pour but de rendre les figures plus imposantes et plus proches. Situées au plafond de l’Aula du Palais de Rumine, il faut que les personnages soient visibles de loin. Les aspects décoratifs et l’arrière-plan sont donc réduits au minimum, bien que dans sa maquette, l’artiste prévoyait davantage de détails.

Dans son ensemble, le projet de Rivier répond à des critères de clarté visuelle et de simplification. La lumière est vive et uniforme. Les ombres façonnent les plis des habits. Les couleurs dominantes sont le rose, le rouge, le brun clair, le vert clair, l’ivoire et le bleu déclinés en plusieurs nuances pastel. Du point de vue chromatique également, Louis Rivier simplifie son choix pour proposer des images nettes, parlantes et claires.

Dans sa maquette, entre les scènes allégoriques et bibliques, Louis Rivier insère des éléments décoratifs : des boutons évoquant le motif floral d’une marguerite. Dans dix médaillons ovales aux angles coupés sont représentés de jeunes musiciens, thème récurrent dans l’œuvre de Rivier, enrichis ici d’éléments floraux. Ils deviennent des éléments purement décoratifs. Ainsi la maquette du plafond combine-t-elle l’allégorie classique, le message biblique, la connaissance et le décoratif.

Type de composition:
étude
Dimensions (en cm)
Hauteur:
91 cm
Largeur:
120 cm
Profondeur: —
Dimensions montage (en cm)
Hauteur:
110 cm
Largeur:
160 cm
Profondeur: —
État de l'œuvre:

Bon état. Épaisseur: 2.5cm.

Inscription(s) notable(s): —
Technique:
détrempe et peinture dorée
Support de l'œuvre:
papier
Commentaires techniques:

Le supporte est un papier collé sur bois partiellement peint et muni de charnières.

Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).

La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).

Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori, Louis Rivier, p. 38)

En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.

Lieux de création:
Jouxtens-Mézery
Lieu de conservation:
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Provenance:
Donation de la Fondation Jean-Jacques Mercier, 1985
Date de création:
1913
Commentaires sur le lieu et la datation:

Selon Richard Heyd, biographe de Louis Rivier, le conseiller d’Etat de l’époque, Camille Decoppet, après avoir découvert la décoration de Louis Rivier dans le temple de Mex, demanda au peintre, par le biais d’Aloys de Molin, de décorer l’Aula du Palais de Rumine. En 1911, Louis Rivier fit des propositions de décorations. Jean-Jacques Mercier s’engagea à verser à Louis Rivier une somme de 10 000 francs par an pendant six ans pour l’exécution des peintures. L’Etat de Vaud et la Ville de Lausanne s’occupèrent des frais de la mise en état du lieu. Louis Rivier n’eut plus de nouvelles jusqu’en 1913, quand un rapport et une maquette du projet furent demandés au peintre.

En janvier 1914, la maquette est présentée devant la commission et en août 1915 les travaux commencent. Le 23 octobre 1916, le panneau « Les Arts » est achevé ; en avril 1918, le panneau des « Sciences » est terminé. En janvier 1923, l’ensemble de la décoration est achevé et le 21 avril les peintures de Louis Rivier sont inaugurées officiellement. (Patrick Schaefer, L’Aula du Palais de Rumine. Le décor de Louis Rivier).

En 1913, Louis Rivier réalise les vitraux du temple de Cheseaux et les verrières pour l’église Saint-Jean de Cour. Il voyage en Italie notamment à Assise. En mars il se rend à Florence.

Bibliographie
  • Patrick SCHAEFER. 1987. L’Aula du Palais de Rumine. Le décor de Louis Rivier, Lausanne : Université de Lausanne
  • Dario GAMBONI. 1985. Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, Lausanne: Payot , p.108