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Il s’agit d’un portrait d’Adèle Rivier-Sandoz, mère du peintre, décédée en 1902 alors que Louis avait 17 ans. Le visage émerge d’un col de chemise blanc, plissé. Il est de face mais légèrement orienté vers la gauche, l’oreille gauche étant partiellement cachée. Louis Rivier porte une attention particulière aux détails du visage et des mains ainsi qu’aux cheveux bien délimités par une raie aux racines blanches naissantes. Le buste est représenté en position frontale. Adèle Rivier porte une robe foncée. Autour du cou, elle arbore un collier. Le médaillon-pendentif est caché par les mains dont les doigts se superposent au-dessus d’un petit livre, de prière probablement. Mains, médaillon et livre fonctionnent de même, occupant une position centrale. Le regard est sûr et déterminé.
Sur la partie supérieure du tableau, on lit une inscription: ADELE RIVIER SANDOZ PEINTE PAR SON FILS EN 1909. La présence de ce texte sur le fond noir rappelle la peinture des primitifs flamands du XVe siècle.
Les tons neutres et sombres de l’arrière-plan ainsi que ceux de la robe, l’attitude sérieuse de la figure et la présence de l’inscription transmettent une atmosphère de rigueur et de sobriété, d’éternité et de deuil.
Bon état.
L'inscription en majuscules « ADELE RIVIER SANDOZ PEINTE PAR SON FILS EN 1909 » est située au recto, en haut, au centre.
Louis Rivier utilise la peinture à l’huile au début de sa carrière et jusqu’en 1906, année où il l’abandonne pour la détrempe. Cet abandon n’est cependant pas définitif et naît d’une phase de recherche et de questionnement. Laquelle de ces deux techniques peut mieux révéler la lumière des choses, la qualité des matières, le réalisme d’un incarnat ? Louis Rivier opte pour la détrempe pour ensuite revenir à l’huile au début des années 1920, mais seulement pour une courte période.
Dans les années suivantes, on rencontre rarement des œuvres réalisées à l’huile. Il s’agit de quelques portraits et de rares paysages. Pour les premiers, le choix s’explique en raison des sources d’inspiration de Louis Rivier : on pense notamment à l'influence de l’art flamand. Pour les paysages, il s’agit vraisemblablement d’un choix technique qui reste cependant exceptionnel dans l’ensemble de son abondant corpus.
Richard Heyd écrit: «En 1903, il exécute sur commande plusieurs portraits mais s’attache plus spécialement à celui de sa mère, qu’il fait et refait de mémoire.» (Richard HEYD. 1943. Rivier. Neuchâtel et Paris: Editions Delachaux et Niestlé, p. 24.) Il apparaît donc que le portrait est posthume, réalisé après le décès de sa mère. Par ailleurs, dans une lettre de William Rivier à son fils, datée du 24 mai 1904, le père écrit : « J’ai fait accrocher ton portrait d’Adèle et je l’ai mis au petit salon. C’était dommage de l’avoir dans ma chambre où on ne le voyait pas. Il est au-dessus du bureau […]. » On peut alors penser soit qu'il existait plusieurs portraits d'Adèle Rivier soit que Louis a repeint en 1909 un portrait plus ancien, celui dont parle William Rivier.
Adèle Rivier-Sandoz était la sœur d'Edouard-Constant Sandoz, fondateur de l'entreprise pharmaceutique homonyme à Bâle.
- Sous la direction de Véronique MAURON, Marie-Odile VAUDOU et Marie ANDRÉ. 2013. Louis Rivier : l’intimité transfigurée, Berne, Lausanne : Till Schaap Edition, Association des Amis de Louis Rivier, p.10