Portrait de Marie Mercier-de Molin
Droits:
Réservés
Crédits:
Heinz Preisig, Sion, Musées cantonaux du Valais
Commentaires:

Numéro d’inventaire : BA 2174

Type d'œuvre:
peinture
Auteur:
Louis Rivier
Transcription de signature:
Non-signé
Emplacement: —
Remarques sur la signature:

Signature sous la forme du monogramme.

Description iconographique:

Ce portrait en buste représente Marie Mercier-de Molin, personnalité importante dans le milieu valaisan, philanthrope et épouse de Jean-Jacques Mercier-de Molin, qui a été le commanditaire et le mécène de Louis Rivier.

Marie Mercier-de Molin fait face au spectateur, le visage est orienté de trois-quarts. Elle regarde vers sa gauche. Elle a une expression sereine ; ses lèvres sont à peine entrouvertes, esquissant un imperceptible sourire. Elle a les cheveux gris attachés en chignon. Elle se tient droite, vraisemblablement contre le rebord d’une fenêtre ou d’un parapet de balcon, les mains posées croisées sur le ventre. Ce geste a été souvent représenté par le peintre dans d’autres portraits : on pense notamment au Portrait de jeune femme (Julie) réalisé seulement un an avant celui-ci, en 1913.

La silhouette de Marie Mercier-de Molin est au centre du tableau ; la position des bras et la raideur du buste accentuent la symétrie de la composition. La tête, les épaules et les bras se démarquent d’un paysage de collines et de montagnes. La robe noire à manches longues est ornée d’un ample et riche jabot en dentelle. Un bouton couleur or, décoré avec des pétales blancs comme ceux d’une marguerite, est cousu en guise d’épingle dans la pointe du col.

Marie Mercier-de Molin porte deux bagues à l’annulaire gauche, dont une alliance épaisse, et une bague avec une perle bleue à l’annulaire droit. Un collier en velours noir serti de perles orne son cou.

Le rendu presque hyperréaliste de la carnation et la précision des détails physionomiques procurent un effet photographique. On distingue les jointures des mains et leurs veines, chaque ride autour des yeux, les sourcils, les plis sur les lèvres. Les creux et les parties arrondies du visage, comme la pointe du nez, le menton, le lobe de l’oreille, sont frappés par des éclats de lumière.

Les mèches des cheveux, aux teintes grises et presque bleutées, sont d’une grande luminosité. On imagine leur consistance douce et cotonneuse. Elles créent un intéressant jeu de dégradé et de nuances avec les différents types de bleu du ciel et des reliefs peints en perspective aérienne.

Le peintre porte aussi une attention particulière au rendu des tissus. La dentelle, par exemple, est d’un grand réalisme et procure des sensations tactiles. On imagine sa légèreté et sa surface granuleuse, donnée par le travail serré des fils. Dans le Portrait de jeune femme (Julie) déjà cité, Louis Rivier embellit également le haut rouge de Julie d’une dentelle similaire peinte avec beaucoup de soin et de précision. L’étoffe de la robe foncée de Marie Mercier-de Molin, quant à elle, est brillante et soyeuse. La lumière frappe ses plis en accentuant leur aspect sculptural.

Ce portrait en buste ouvre sur un paysage. Il s’agit d’une vue sur les collines de Sierre, avec notamment la tour de Goubing. Un pré, ponctué de grands arbres dont deux accentuent la symétrie de la composition, débouche sur une vallée et des coteaux. Au loin, les chaines montagneuses se chevauchent jusqu’à l’horizon, là où une lumière claire et légèrement orangée frappe un sommet enneigé. Il s’agit de la pointe Dufour, faisant partie du massif du Mont Rose. Les reliefs bleutés sont surmontés d’un ciel céleste, peint en dégradé.

La lumière est étale, vive et un brin froide. Cela est dû à la prédominance des bleus et des verts. Bien que variée, et à l’apparence riche, la palette chromatique est sobre, dominée par le noir, le blanc, le marron, le vert et le bleu, déclinés en plusieurs nuances. Les ombres sont très discrètes. Elles soulignent les volumes du visage et se concentrent au niveau du drapé de la robe de Marie Mercier-de Molin.

Le bois, contre lequel Mme Mercier-de Molin s’appuie, situe la scène peinte dans un intérieur tout en la connectant avec l’extérieur. Le regard de la femme, serein et en même temps déterminé, adressé vers un point hors champ, souligne encore cet élan vers le monde extérieur : on pourrait y voir un lien « symbolique » avec la personnalité de Marie Mercier-de Molin. Animée d’une grande générosité, elle mena plusieurs actions sociales en faveur des personnes défavorisées de la région de Sierre, sa ville natale.

La présence de la fenêtre ouverte est aussi un élément clé du Portrait de jeune femme (Julie), ou de La Toilette (1927) et de beaucoup d’autres portraits de Louis Rivier, également. Il s’agit d’un élément qui se trouve dans la peinture flamande, source d’inspiration pour le peintre. Ce tableau relève aussi de l'esprit de l'Art nouveau avec la stylisation des formes, la découpe de la figure sur le paysage et l'aspect décoratif de l'ensemble.

Au début du XXe siècle, les Mercier sont parmi les familles les plus riches de Suisse romande. Le château de Pradegg, connu sous le nom de « château Mercier », a été construit par Jean-Jacques et Marie Mercier-de-Molin. Marie Mercier-de-Molin dessine elle-même le plan du parc qui entoure l'édifice. Le couple devient un des importants mécènes dans les domaines artistique et social. En 1922, il finance une partie du nouvel hôpital de Sierre. Il fait aussi construire un sanatorium, un temple et une école. Marie Mercier-de Molin offre des vacances aux enfants de la région, fait bâtir des colonies de vacances et finance des campagnes de vaccinations enfantines. (http://borzuat.ecolevs.ch/mercier/famillemercier.html; http://www.chateaumercier.ch/mercier/sites/mercier/FR/1/detail/page-historique

Type de composition:
portrait
Dimensions (en cm)
Hauteur:
75 cm
Largeur:
61 cm
Profondeur: —
Dimensions montage (en cm)
Hauteur: —
Largeur: —
Profondeur: —
État de l'œuvre:

Bon état.

Inscription(s) notable(s): —
Technique:
tempera
Support de l'œuvre:
toile
Commentaires techniques:

Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).

La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).

Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori, Louis Rivier, p. 38)

En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.

Lieux de création:
Jouxtens-Mézery
Lieu de conservation:
Musée d'art du Valais
Provenance: —
Date de création:
1914-1915
Commentaires sur le lieu et la datation:

En 1914 naît André, deuxième enfant du couple Rivier. Louis Rivier présente le 21 janvier 1914 un rapport et une maquette de son projet de décoration pour l’Aula du Palais de Rumine à Lausanne. Jean-Jacques Mercier-Molin apporte un soutien financier conséquent à la réalisation des peintures murales. Les travaux préparatoires des murs ont lieu cette même année.

Dès 1914, et régulièrement à partir de 1918, Rivier expose au Salon de la Société nationale des beaux-arts, (dite ensuite La Nationale) à Paris. Entre 1914-15, il travaille au projet architectural et décoratif de l’église Saint-Jean de Cour à Lausanne.

En 1915, naît Marion. Le 26 septembre l’église Saint-Jean de Cour est officiellement dédicacée. En avril, Rivier commence à peindre le mur sud de l’Aula du Palais de Rumine à Lausanne.

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